UN EDEN EPHEMERE




Et si le Jardin d’Éden n’était plus un mythe, mais un souvenir en voie de disparition ?

L’Éden Éphémère est une traversée poétique et sensible au cœur des tensions

écologiques contemporaines. À travers fleurs, champs rêvés, paysages fragiles, visions

cosmiques, témoignages d'humanité, en Arménie ou ailleurs, l’exposition interroge notre

rapport au vivant, à la nature que l’on détruit autant qu’on l’idéalise.

Entre fragilité environnementale, mémoire des territoires, et rêves d’un monde réenchanté,

chaque œuvre devient un écho à la Nature, tantôt luxuriante, tantôt blessée.

Les visiteurs sont invités à cheminer dans un espace où les fleurs parlent d’extinction, où

les jardins portent les cicatrices du climat, où le Cosmos nous confronte à notre

insignifiance, où l’Éden n’est plus éternel, mais en sursis.

Face aux désastres écologiques actuels – fonte des glaces, déforestation, sécheresses,

effondrement de la biodiversité – cette exposition propose un autre regard : celui de la

contemplation, de la vulnérabilité, mais aussi de la résistance.

Car rêver encore, n'est-ce pas déjà semer ?!..

Les artistes présents, plasticiens, peintres, graveur, photographe ou créateur de bijoux,

sont Léo AVA de CHIRAK, Margarita GRIGORYAN, Christian LATREILLE, Varduhi

SAHAGIAN, Jean-Pierre SEFERIAN, Arman et Artak TADEVOSYAN.




Léo Ava de Chirak propose à notre regard des peintures désarmantes de poésie !..

Il arpente toute la gamme existante entre figuration et abstraction.

Par le concept de « pétrichor » dont il nous parle dans un texte de sa composition, qui

signifie « la voix de la terre quand elle respire après la soif »... et qu'il figure dans une des

toiles par un rayon lumineux, il nous parle bien d'un paradis perdu... et retrouvé !






Dans les collages de Margarita Grigoryan, et particulièrement ceux qui sont inscrits dans

un cercle, nous percevons un maëlstrom qui entraîne tous les objets de la Création, toutes

les Créatures, dans un tourbillon !! Peut-être pourrions-nous lire celui-ci comme inscrit

dans le moment de la « Chute », dans le mythe d'Adam et Eve?... à moins qu'il ne s'agisse

du mouvement de la Création elle-même ?...





A travers le regard que pose Christian Latreille sur des figures de la société arménienne

contemporaine (les gens), ainsi qu'éternelle (les pierres, les églises, la Nature...), c'est un

peu tout le drame arménien qui se joue : dans l'esprit de ces « héros du quotidien », le

rêve de l'Arménie vaste et puissante de l'Antiquité, le Paradis perdu, n'est-il pas le mythe

qui soutient leur résistance ?..










L'univers de Varduhi Sahagian oscille entre l'infiniment petit et l'infiniment grand ! Il

semble y être question de magmas en fusion, de fentes dans la croûte terrestre, d'étoiles,

d'explosions... d'éclairs dans un ciel serein tourmenté... tout un vocabulaire visuel qui

prend une dimension cosmique, et nous parle de nous comme poussière dans l'immensité

de l'Univers !





Chez Jean-Pierre Séférian, l'Eden semble, à première vue, bien lointain, voire totalement

aboli !..Dans ses gravures et dessins qui figurent la marche de silhouettes humaines à

travers un désert, comme dans ses peintures de grand format qui figurent des corps à

terre...la vision de l'humanité semble bien sombre ! Mais l'artiste donne des clés qui

permettent de lire son œuvre autrement, et d'ouvrir son propos !

D'une part, le thème de la Marche peut aussi évoquer une activité positive : c'est

l'expérience de la gravure qui a présidé pour Jean-Pierre à ce retournement ! En effet, ses

silhouettes, qui marchaient, quand il les a gravées, d'Ouest en Est... une fois la plaque de

cuivre appliquée sur le papier, se sont mises à marcher d'Est en Ouest !! Ce retournement

a confirmé à l'artiste l'idée que ses « créatures » pouvaient aussi marcher vers un Eden

espéré !

Quant aux corps représentés dans Désert II, sur les toiles couleur de grand format, ne

pourrait-il s'agir de dormeurs qui rêvent... et qui peut-être rêvent du Paradis ?..





Arman Tadevosyan : « Fleurs inconnues »

Des fleurs, créatures par excellence de l'Eden !..

Mais en s'approchant de ces fleurs, le regardeur découvre la touche du peintre, le

mouvement de son pinceau, peut-être le tourbillon pulsionnel qui préside à la création !?..

un Paradis pas si tranquille, mais retrouvé, chaque fois qu'une fleur éclot !





Le fer et le feu président à la création des bijoux et des sculptures d'Artak Tadevosyan

au travers de son projet : « Bijoux pour la Paix », mais il ne faut pas s'arrêter à cette

image !

Dans un premier temps, l'artiste collecte sur le terrain d'entraînement de l'armée de son

pays, les cartouches et les obus de char abandonnés sur le terrain...Ensuite, il les

découpe, les presse, les soude ou les grave : n'y a-t-il pas une recherche d'idéal dans le

mouvement de création qui neutralise la violence des armes, pour atteindre à une

sublimation du vil métal ?... Le temps de paix n'est-il pas, comparé à celui de la guerre, un

éphémère mais authentique Eden ??...











Emmanuelle Costet,

Commissaire de l'exposition,

Oléron, novembre 2025.